SNM-News été 2026 Mot du président
Transparence : combien gagne votre président ?
Certaines affaires relayées dans la presse ont remis sur la table la question des revenus en médecine ambulatoire. Avec son lot de confusion : on oppose des chiffres de facturation bruts à des salaires, sans jamais déduire les charges. Plus de transparence s’impose, surtout dans le cadre de la LAMal obligatoire.
Que disent les statistiques officielles ?
Selon le relevé MAS de l’OFS, réalisé avec la FMH (rapport du 5.11.2021, base 6’472 médecins indépendants), le revenu annuel moyen des médecins indépendants suisses était de 204’985 frs en 2019, pour une médiane de 162’455 frs. Attention : il s’agit d’un revenu, c’est-à-dire du chiffre d’affaires moins les charges. Les écarts entre spécialités sont marqués : 266’000 frs pour la chirurgie (médiane la plus haute), 108’000 frs pour la psychiatrie (la plus basse), 172’000 frs pour le premier recours.
En comparaison avec d’autres professions, universitaires ou non, ces revenus n'ont rien de honteux : ils reflètent, dans la majorité des cas, les années d’investissement pour décrocher nos titres et l’engagement quotidien auprès de nos patients.
Pour montrer l’exemple, voici mes propres chiffres
Moyenne 2015-2024, pour sept demi-journées de consultation par semaine en médecine de famille adulte avec laboratoire du cabinet, canton de Neuchatel
Chiffre d’affaires médical (7 demi-journées de consultation, labo au cabinet) | Charges totales (cabinet et prévoyance) | Revenu net | Contacts patients / an (cons., visite, tel.) | Âge patients |
260’608 CHF | 174’058 CHF | 119’075 CHF | 2’064 | 59.8 |
Beaucoup de facteurs jouent sur le chiffre d’affaires et les charges : cabinet seul ou de groupe, type de patientèle, taux de consultation, revenus annexes: radiologie, laboratoire, pro-pharmacie, etc.
Mes charges totales couvrent l’exploitation du cabinet (locaux, personnel, matériel, assurances) et ma prévoyance personnelle (AVS, 2ème pilier) avec des couvertures maladie et accident sans doute sous-optimales.
En réalité, je travaille au-delà d’un temps plein : la politique professionnelle vient s’ajouter aux demi-journées de consultation, et empiète même parfois dessus. Mes contacts avec les patients ont d’ailleurs reculé, de 2’106 en 2015 à 1’898 en 2024 (−10 %), pendant que mon revenu associatif quadruplait (13’275 → 50’697 frs) — réparti en 2024 entre la SNM (≈30’000 frs), NOMAD (≈11’000 frs) et le reste: SMSR/FMH/Newindex (≈9’700 frs).
Celui-ci s'ajoute bien évidemment au revenu net de mon cabinet.
Et les autres ?
Certains chiffres d’affaires, dans d’autres spécialités que la mienne, sont souvent bien plus élevés. Mais il faut toujours regarder les charges — appareils, matériel, processus qualité coûteux — et ne retenir au final que le revenu net.
Concernant ceux-ci il existe cependant des différences entre spécialités parfois difficiles à justifier. Vu mes propres chiffres sur dix ans, probablement que personne ne contestera qu’une revalorisation de la médecine de premier recours est essentielle.
Les enquêtes RoKo de la Caisse des médecins et MAS de l’OFS sont décisives : ce sont elles qui permettent de faire évoluer les tarifs pour un niveau de revenu juste pour chacun. Je rappelle que leurs résultats alimentent directement les tarifs que nous utilisons.
Transmettre les données de vos facturations, via un centre de confiance (p. ex. Ctésias), est tout aussi capital pour construire les tarifs.
Ce que ça change au débat
Limiter le nombre de points médicaux par 24 h, comme le parlement et le Conseil fédéral viennent de l’imposer, n’est pas la bonne voie !
On risque surtout de faire baisser l’activité de certains spécialistes, au détriment des patients, sans traiter le vrai problème : celui que certaines prestations sont sans doute surévaluées. C’est aux médecins concernés de revoir le calcul de ces prestations, de façon plus juste — idéalement de leur propre initiative et par la voie tarifaire.
Les calculs d'un tarif équitable doivent tenir compte de la durée de formation, de la prise de risque, des coûts d’infrastructure, de l’engagement et de la disponibilité. Bref, de la plus-value réelle pour ce qui anime l’immense majorité des médecins : une prise en charge de qualité et humaine.
Tant que c’est encore possible, ces corrections devraient venir de la participation solidaire de toutes les sociétés de disciplines. Faute de quoi, on subira des interventions externes sans commune mesure, ou inadaptées — comme cet exemple de limitation aujourd’hui.
Je publie mes chiffres non par exhibitionnisme comptable, mais parce que la transparence est la meilleure réponse, et qu’il faut l’encourager.
Espérons qu’elle guidera désormais le pilotage des nouveaux tarifs médicaux ambulatoires !
Dominique Bünzli, Président SNM